J'ouvre le livre. D'abord il y a le discours qu'elle a prononcé devant l'Académie Nobel le 7 décembre 1996, à Stockholm. Je ne le relis pas. Pas déjà . Je sais qu'il est magnifique et que j'y reviendrai. Ou juste trois phrases. Je salive. Je tourne la page. Juste derrière il y a :
j'invente le monde, nouvelle édition,
nouvelle édition revue et corrigée,
pour faire rire les idiots,
pour faire pleurer les mélancoliques,
pour peigner les chauves,
pour siffler dans un violon.
Voici le chapitre :
Langues des Bêtes et Plantes.
Pour chacune des espèces
un dictionnaire s'invente.
Ne serait-ce qu'un bonjour
échangé avec l'âne
ancrera dans la vie
l'âne, toi-même, et les autres.
Depuis l'aube pressenti,
par les mots révélé,
quel splendide impromptu des forêts !
Des chouettes quel épique maintien !
De la taupe, quelles sentences
composées, quand on pense
qu'elle ne fait rien que dormir !
Le temps (chapitre deux)
a le droit d'ingérence
sur tout, que ce soit bien ou mal.
Cependant - Ã lui qui ronge la pierre,
à lui qui déplace les mers,
qui assiste à la ronde des étoiles,
on n'octroie pas le moindre pouvoir
sur les corps des amants, car trop nus,
car trop enlacés, et leurs coeurs affolés
s'agitent comme des moineaux.
La vieillesse n'est que moralité,
juste prix d'une vie criminelle.
Ainsi donc tous seront jeunes !
La douleur (chapitre trois)
ne fait plus subir ses outrages.
La mort
ne vient que lorsque tu dors.
Et tes rêves seront :
qu'il n'est plus requis qu'on respire,
que l'absence de souffle
sonne comme un air de musique,
tu n'es qu'une étincelle,
tu t'éteins en mesure.
Nulle autre mort. Plus douloureuses
furent les épines d'une rose
et ton effroi plus pénétrant
à voir tomber un pétale.
Nul autre monde. Ne vivre
qu'ainsi. Et ne mourir qu'ainsi.
Et tout le reste, c'est du Bach
joué provisoirement
sur une scie.
Wislawa Szymborska - Je ne sais quelles gens - traduit du polonais par Piotr Kaminski - Poésie Fayard - Page 18
et derrière les autres pages au fur et à mesure il y en a d'autres je passe du rire à l'émotion et cinquante questions car la dame la grande dame n'est pas toujours facile et j'entends les cris dans un wagon je pense à mes morts à ma-mère-et-ses-morts et aux miracles qu'ils sont beaux les miracles de la grande dame là dans la cour celui-là tout sur vous y aurez droit avec les statistiques aussi et les nuages et le silence des plantes
Les merveilleux polonais ! 
Correction le même jour (safran en vendémiaire) : j'hésite beaucoup. Est-ce que je laisse ce texte à sa place dans la boîte des beaux textes ? est-ce qu'il ne serait pas bien mieux dans "boîte à poudre d'escampette" ? je vais pencher pour "boite à poudre d'escampette" . je modifie.