20 mars 2010
Décoloniser l'imaginaire
Par Véro, 20 mars 2010 à 14:05 - Garnie de sciure ou d'ouate
Bien qu'objectrice de croissance de longue date, façon Monsieur Jourdain, l' expression "décolonisons l'imaginaire" largement utilisée par les mi-litants du mouvement en question me laisse toujours perplexe ... Chacun son jargon ... gouvernance associative et autres mots creux. Je risque de me faire détester, mais je vais mettre cette expression dans la novlangue, dans le fourre-tout, tant qu'on ne m'aura pas donné la preuve du contraire, avec des mots simples et des exemples à la portée du miséreux moyen.
Lequel décolonise ou pas son imaginaire à grand coup de bibine achétée pour rien, sur le parking de Lidl, ou à coup de coca-cola et frites devant l'écran plat collectif à la frontière mongole, ou en grattant un maigre lopin quelque part partout sur terre, ou en vendant les pires merdes jamais imaginées et en provenance des colonies, je veux parler du commerce lucratif de la coke, du bourrin et merdes associées.
Tout ça pour en venir aux élections franco-régionales de rien du tout du monde.
Je participe au dépouillement des votes le week-end dernier dans le trou-du-cul du rien du tout du monde. Force est de constater (!) que la génération 25-45 ans ne s'y bouscule pas, et que les dépouilleurs sont plutôt chenus. Dis, Lol, pourquoi on pourrait pas voter sur facebook ?
Au bout d'un moment de triste égrénement des noms des têtes de liste, deux ou trois bulletins nuls pour égayer l'atmosphère, enfin non, rompre la monotonie.
Mais dieu qu'ils sont nuls, les bulletins blancs ! qu'ils sont pâlots, les bulletins nuls ! Je n'ai pas pu m'empêcher d'en faire à haute voix la réflexion :
- dans le temps, les dépouillements, c'était quand même plus rigolo . Il y avait les petits mots gribouillés "le maire est un pédé" ou "le Marcel baise la Ginette" !
Ce qui, je vous le concède, n'est pas d'un niveau "intellectuellement politiquement correct" mais qui avait l'énorme avantage de témoigner de la vie des votants. Tant de veaux ? que De Gaulle avait dénombrés, glissaient qui des brigitte bardot, qui des femmes à poil(s), qui des brigitte-bardot-à -poils dans les burnes pour le plus grand bonheur des braves qui-dames surtout des hommes d'ailleurs, qui dépouillaient les votes, et avaient de quoi rire pour la semaine, voire jusqu'à l'élection prochaine.
C'était nul, certes, mais c'était vivant.
J'en entends qui pensent " ton exemple est mauvais, la vie est ailleurs !" Peut-être que oui, peut-être que je généralise trop, comme dit l'ancien militaire.
Alors je me prends à rêver d'un monde où l'imaginaire des votants se décoloniserait tout à coup par un grand coup de la baguette magique de Paul Ariès déguisé en fée ... et où les bulletins blancs, redevenus vivants, se couvriraient de couleurs, de couleuvres, de slam, de poésies de riens-du-tout, de graffitis pouillleux, de "tous des hyenes" , d' "arrête tes salades, poujade, arrête tes poireaux, gourlot , arrête les épinards, hénart ", de "vive le maréchal" ou de "on en veut pas des trois voies sur l'A31, et on veut pas de l'A32 non plus bande de clampins on en a marre de passer notre temps sur l'autoroute" ou "j'irai pas voler à notre-leur- dame des glandes" ou la carmagnole de miha ou ma recette de la fondue de poireaux de christine qui se serait transformée en propagande contre la bidoche.
Hélas .... arrête de rêver, blaireau ...
Ca ferait rire au bureau de vote, ca ferait de la lecture en préfecture, ça ferait la joie de la presse ... C'est ça, décoloniser l'imaginaire ? Non, c'est pas ça ? bon tant pis, je vais encore y réfléchir ...
Bon, maintenant, ce billet-là , dans quelle boîte vais-je le mettre? La boîte à Pierre Dac, ou celle-ci ? ou celle-là ?
La logique google voudrait qu'il soit là : Tag imagination mais aussi
là , ou là . Une urne, c'est bien une espèce de boîte ? L'inventeuse de l'élection s'appelait Pandora.
Pour mon plaisir, je me redis la chanson de Vian, avec la gouaille des premiers interprètes. Je fus tellement déçue par la version 2009 édulcorée De Caunes ... pas de vie non plus dans cette chanson là .
BOITES
Boîte à malice ou boîte à sel
Boîte à huile et boîte à ficelles
Baguier, trousse ou boitillon
Buste, canastre ou serron
Castre, cassette, carton
Coffret, drageoir, esquipot
Droguier, fourniment, fourreau
Carré, coutelière ou barse
Utricule ou vésicule
Pyxide ou boîte à pilules
Boîte à outils, à gâteaux
Boîte à onglet, boîte à lettres
Tabagie, boîte saunière
Boîte avant ou boîte arrière
De vitesses de lenteur
Boîte à prendre les souris
Tiroir, layette ou trémie
Boîte à buter les facteurs
BOITES
On peut tout mettre dans les boîtes
Des cancrelats et des savates
Ou des oeufs durs à la tomate
Et des objets compromettants
On peut y mettre aussi des gens
Et même les gens bien vivants et intelligents
Oui oui décidemment la boîte
Est bien le plus indispensable
Des progrès faits depuis les temps
Que l’on nomme préhistoriques
Faute d’un terme plus subtil
Pour désigner la vague époque
Où le dinosaure dînait
Dans les marais de l’Orénoque
Où le Brontosaure brutal
Broutait des brouets brépugnants
Où le ptérodactyle enfin
Ancêtre extrêmement voisin
Du sténodactyle ordinaire
Ouvrait pareil à Lucifer
Des ailes de vieux cuir de veau
Dans un crépuscule indigo
En faisant claquer ses mâchoires
Pour effrayer nos grands parents.
Différence fondamentale
Avec notre vie d’aujourd’hui
La boîte, messeigneurs, n’existait pas encore.