Le début de cet échange se passe le 5 juin 2009 à 9 heure 08 : sur ce billet, dans les commentaires, là . Longs, fournis et fouillis, les commentaires, chez Paccalet. Auto-pas-gérés ! Je vous passe les zig-zag du fil de discussion , en partant des dauphins, pour en arriver à la question de la surconsommation en pays occidental autrement dit "civilisé". Et pourtant, c'est évident qu'il y a un lien ! :-)

Voici l'intervention de Martine :

Une question qui me taraude depuis longtemps (et dont je suppose en partie la réponse): pourquoi ces grandes multinationales, ces monstres transcontinentaux ont-ils acquis ce pouvoir, pourquoi tiennent-ils le destin de l´humanité entre leurs mains ? QUI leur a permis de prendre une telle emprise et de faire des profits démesurés? QUI continue à faire leur jeu démoniaque en achetant sans barguigner tout ce qui débarque sur le marché? Produits de cinquantième nécessité!!! Ces multinationales tentaculaires ont gavé l´hémisphère nord à le rendre obèse (au sens propre et figuré) et condamnent le reste de l´humanité à mourir de faim, elles rayent froidement des milliards d´être humains de la carte du monde. Pour défendre leurs profits, elles s´arrogent le droit de vie ou de mort selon une idéologie que je qualifierais de nazie. QUI leur donne cette liberté éhontée de modeler à leur gré la VIE sur notre planète? QUI? Des criminels affreux? Non, des gentils surconsommateurs!!!

Une de mes premières réponses :

Non Martine, pas des gentils surconsommateurs. De simples victimes. Du système, et de la publicité. Premier pilier du système depuis presqu’un siècle, elle a fait un sacré boulot. Voir le budget qui lui est consacré. C’est elle qui véhicule tout, même les idées et la culture …C’est elle qui crée vos besoins au fur et à mesure de ce que l’industrie cherche à vendre …. C’est encore elle, derrière la mode que dénonce hifi … Elle, qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes, ou des super saab turbo pour des dauphins à roulettes . Essayez d’imaginer un monde sans publicité …. De nos jours, on doit même savoir faire sa pub personnelle (pour trouver du boulot, par exemple) . Se transformer soi-même en objet à vendre … Certains vont penser que j’exagère . D’autres pensent qu’on peut utiliser cette arme et la retourner au profit d’une société écologique …. mais personne ne sait faire de publicité pour réduire les besoins , et surtout, personne ne paierait pour ça … Qui y gagnerait quoi ?

Réponse de Martine :

Véro, Vous avez raison d´écrire que “personne ne sait faire de publicité pour réduire les besoins,…”. Personne ne “sait”, personne ne peut ou n´ose. Prôner la déconsommation est tabou car elle représenterait un danger pour l´emploi. C´est du moins ce qu´on veut nous faire croire. Je ne suis pas qualifiée pour en juger. Mais les consommateurs sont-ils vraiment des “victimes”? Sont-ils à ce point désarmés face à la publicité qui leur suggère d´acheter tous azimuts? Ne sont-ils que des robots aussi télécommandés que leur écran plat? Si la réalité est telle que vous la décrivez, alors, elle fait froid dans le dos et anéantit les dernières illusions auxquelles je me raccrochais. Elle fait table rase de l´espoir imbécile qui m´habitait encore de voir un jour le bon sens regagner peu à peu du terrain. (sur un autre sujet :
Boris, vous parlez des gens qui s´impliquent dans la défense de l´environnement et qu´on exploite. Je fais et refais cette expérience en travaillant bénévolement, ou pour une maigre rémunération, auprès d´associations investies dans la protection du milieu naturel. Elles disposent d´un budget réduit et dépendent, pour mener leur action à bien, de toutes les bonnes volontés acquises à leur cause. Sentiment de se faire un peu exploiter? Parfois, mais tant pis, je préfère cela à gagner des sommes faramineuses en bossant pour un trafiquant d´arme.)

Martine : J'avais promis de développer mon idée ici. Voilà enfin la réponse à nos échanges , dont j'ai transcrit une partie ci-dessus, pour plus de lisibilité. Mais ça n'est qu'un brouillon . C'est un peu bordélique, comme réponse ... Tant pis, je publie, car en même temps, je vais la relier à cet autre billet essentiel de l'ami superno qui rejoint le sujet par une allée adjacente ... (A lire absolument !)

Nous en sommes donc à ta question : « Sont-ils à ce point désarmés face à la publicité qui leur suggère d´acheter tous azimuts? Ne sont-ils que des robots aussi télécommandés que leur écran plat? » Et c'est là que j'ai calé et demandé un répit pour répondre. Parce que je trouve que la question est centrale. Pilier. Parce qu'elle sous-(en)tend, outre la question politique, la question de la haine, des divisions, de l'incompréhension, toutes ces choses qui (me) mordent et (me) lacèrent et font qu'actuellement, je ne suis qu'une boule de poils malheureuse et hérissée.

Alors, essaie d'expliquer ce que tu vois, me dis-je ....

Pas facile, mais en gros, voilà ce que je vois, du côté de l'Européen moyen :

Allez ! lecteur, lectrice, fais un effort, et mets-toi dans la peau d'un enfant. D'un enfant de maintenant. Un tout petit. Et souviens-toi de ce que tu étais, enfant, les yeux ébaubis et le monde à regarder. Pour les plus vieux d'entre nous le magasin du village était déjà caverne d'Ali-Baba. Vingt-cinq mètres carrés, la caverne. J'ai des souvenirs d'hosties pastels fourrées au citron (païennes, les hosties), que nous achetions le dimanche sur le chemin de la messe (catho, la messe) en grapillant cinq centimes sur l'argent de la quête ...
En plus littéraire, et plus lointain, la vitrine de Cosette, ou la marchande d'allumettes. Tu y es ?
Que dis-tu, lecteur, lectrice, cela ne te dit rien ? Victor Hugo, et Andersen . Quel dommage de ne pas les avoir lus ...

Maintenant imagine un enfant né en Europe. Europe de l'Ouest. Fin 20ème début 21ème siècle. En ville, village peu importe. Quel que soit le sexe et la couleur de l'enfant, de quelque couleur que soit son poil et peu importe la pointure de ses pieds. Peu importe également sa classe sociale (voui, ça existe encore, j'en suis témoin tous les jours). Il est né. Là. Et il n'y peut rien. Pas coupable le bébé. Pas coupable quand maman l'emmène à trois mois au supermarché. Pas coupable quand c'est toutes les semaines, et qu'il grandit au milieu de cet amoncellement de marchandises. Lecteur, lectrice, vois-tu où je veux en venir ? Sur-consommateur, le bébé ? Non ... Un enfant dans son environnement normal.

Nouveaux rites de passage. A sept ans, tu as le droit de conduire ton mini-caddy mon petit...
Et cela fait trente ans que ça dure ...

Pas plus tard qu'hier je regardais un tout petit, de ceux qui marchent à peine, le museau à hauteur des ballons de plage de la gondole « produits saisonniers » . Essayait d'attraper les balles et les jolies couleurs, le mioche. C'est mal ? On le lapide ? On lui arrache les yeux ? Quelquefois cela donne lieu à des scènes atroces. Dans cette scène d'hier, l'adulte était douce et n'a pas rembaré bébé. Rarissime.

Perversité du monde libéral. C'est là, ç'est merveilleux et c'est pas pour toucher. Tu toucheras quand tu seras prolo, mon fils. (3)

Des enfants il y en a partout. Beaucoup. Nés dans les piles de plastique chinois couleurs moches . Depuis deux générations. Ca commence à faire beaucoup d'inadaptés. Côté adulte, le meilleur des bien-intentionnés panique à l'idée d'un frigo vide ou d'une panne Edf . Nous en sommes là. Je ne développe pas plus, je n'ai pas le temps. Lecteur lectrice, cherche le mot « synapse » sur le gros moteur . C'est à ça que je fais allusion. A nos synapses , qui n'en démordent pas facilement, du confort moderne.

N'empêche, il reste que le cerveau humain est super, que les liaisons se connectent et se délient, même les plus encroutées, et qu'il est possible de rafraichir la base de données. Touches Control F5 moins faciles à trouver cependant. Voir le clip "la révolution des crabes".

D'où l'intérêt des rencontres, de la confrontation aux différences, des voyages, pas forcément loin, films et livres, tout ça fonctionne bien... Me voici remontée sur le dada d'Albert Jacquard bien sur .... Sauf qu'il rue quelquefois ce putain de cheval ...

Souvent, la prise de conscience est due à un changement de situation, à un changement de milieu. J'ai dit « souvent » , pas toujours . D'aucuns peuvent aller tranquillement à Dubai sans se sentir un poil concerné par le péquin d'à côté qui crève la soif. Mais la vision de conditions de vie différentes peut aider. Déconnecter trois liaisons nerveuses. Après ça s'effiloche et ça se désenkyste ! (1)



J'ai la chance d'avoir l'âge que j'ai. Je n'ai pas vu les tickets de rationnement à l'issue de la 2ème guerre mondiale (mais de quoi qu'elle nous cause, cte folle!) mais mes parents en sortaient. Nos racines sont plantées là. Les racines de cette société sont plantées dans ce terreau. Et je pense qu'il faut le comprendre pour mieux le dénoncer. Les jours où je suis optimiste !

Digression : (j'ai le droit puisque c'est un brouillon, j'ai annoncé la couleur, lecteur, lectrice !)

J'ai eu la chance de voir une crémerie en ville, où la crème fraiche attendait le client dans un seau sur le comptoir, et allait rejoindre le pot en verre que chaque client amenait. Pour le lait ça s'appelait une consigne ! J'ai la chance de l'avoir vu et donc je sais que ça peut exister ... J'ai un modèle, une référence, trois synapses qui se sont connectés sur cette image. La ville n'était pas énorme, mais elle avait une laiterie et un abattoir. C'est pas une référence, que tu vas me dire ? Les vaches y arrivaient indemnes, sur leurs quatre pattes. Mais meuglaient déjà leur détresse ; dans le parc à côté de la mort prochaine. Néanmoins chacun savait ce qu'il mangeait. Beaucoup plus récemment, il y a deux ou trois ans, dans mon supermarché même , c'était une personne humaine qui coupait le jambon, avec qui je pouvais plaisanter, et demander trois grosses tranches et trois petites. Cette référence là est à portée de tous. Il n'y a plus de charcutières, et les bénéfices engrangés par la grande distribution sont à la portée de la connaissance de tous, non, de beaucoup de monde, sur internet . (2)
C'est tellement plus plastique, le facile ....
Ce n'est qu'un exemple entre 1000, bien sur ! En voici un autre qui me vient à l'esprit , mon quincailler, qui vendait des clous et des vis au poids, et même à l'unité .... Lorsqu'est arrivée la chose appelée "blister", nous avons fait ensemble le calcul : mon quincailler était moins cher sur la moitié de ses clous et autres. Il a disparu, sa boutique a fermé. Nous savions tous les deux que nous avions raison et regardions le monde sombrer. L'était pas côté en bourse, faisait pas partie d'une chaine de distribution, mon quincailler. A l'heure qu'il est, les ados bricoleurs, s'ils existent encore, n'ont jamais vu de vis en vrac. De clous au poids. De quoi sont-ils coupables ? D'avoir été bercés par la scie d'une pub casto tout du long des journées d'été ?

(1) C'est la version optimiste. Quelquefois, l'effet est inverse : j'ai connu la misère et je suis prête à marcher sur la tête de mon père pour en sortir .... ça existe aussi ... voir le film de Ken Loach "It's a free world"

(2) Mode d'emploi : aller chez SuperNo, dans le petit rectangle blanc en haut à droite du blog, qui est le moteur de recherches, entrer Auchan, ou Justin Bridoux et valider! :-)

(3) Voir ce lien édifiant ! Cette pub est partout en Lorraine en ce moment !

A suivre, chère Martine , lecteur, lectrice ... mais avec les liens, cela fait déjà énormément de lecture ! Repos pour le blaireau !