Le mini festival dont je vous ai parlé récemment était très réussi. Je veux dire par là qu'il a rassemblé sous le soleil et sous la pluie les gens les plus divers, du petit peuple du cirque décroissant aux braves gens de Bonnet, des tout vieux militants aux tout petits bébés, du CNRS à la CGT, un melting-pot de rien du tout dans ce désert de Meuse ....

Allez, pour le plaisir, et pour l'info, je publie quelques extraits de la presse locale, dont un monument (mais de quoi ?) :

  • La Voix de la Haute-Marne publie un interview de Monique Sené :Déchets nucléaires Bure : "Il est prématuré d'enfouir"


Présidente du Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire, la physicienne Monique Sené donnera une conférence ce samedi 28 août sur les déchets nucléaires, non loin du site de Bure. Selon cette ancienne chercheuse au CNRS, les études en cours ne permettent pas d’entrevoir une solution d’enfouissement définitive.



Voix de la Haute-Marne : Quel sera le thème de votre intervention ?
Monique Sené. Ce seront quelques réflexions sur le devenir des déchets nucléaires. Bure est concerné par les HAVL, les déchets à vie longue et hautement radioactifs mais un nouveau centre de stockage est prévu également pour les FAVL de faible activité et à vie longue. J’aborderai la question de la réversibilité, du coût et de l’inventaire des déchets. Il faut savoir que cet inventaire est prévu jusqu’en 2020, après on ne sait pas la quantité que l’on produira.



Ce qui est sûr, c’est qu’à Bure, on ne pourra pas enfouir avant 50 ans pour un certain nombre de colis parce ce qu’ils sont trop chauds. Il y aura donc un entreposage en surface. Les quantités prévisibles de déchets sont difficiles à déterminer, tout cela repose quand même sur la production d’énergie de deux EPR et de 58 réacteurs.



VHM : Donc Bure ne sera pas suffisant…
MS : C’est possible que Bure ne soit pas suffisant pour accueillir tous les déchets.

VHM : Faut-il privilégier l’enfouissement en profondeur ?
MS : Il est prématuré d’enfouir à cause de la géologie. Nous n’avons pas de données suffisantes. De plus avec la question de la « réversibilité », on ne creuse pas de la même façon, cela demande beaucoup d’études qu’on n’a toujours pas. Nous sommes sur des échelles de temps qui ne sont pas humaines. Pour faire descendre la température des émetteurs alpha à vie moyenne de 400° C à 100° C, il faut 70 à 150 ans. Quant à l’uranium ou au plutonium, ce sont des centaines de milliers d’années…



VHM : Mais existe-t-il d’autres solutions ?
MS : Ce serait de les entreposer en subsurface, c’est-à-dire à une quarantaine de mètres de façon à pouvoir accroître la surveillance. Là vous pouvez vérifier vos fûts. Ces containers ne vont pas tenir des millénaires ! Un entreposage permet d’intervenir plus facilement alors que des colis dégoulinants, même avec des robots, c’est très difficile à récupérer.



VHM : Saura-t-on un jour recycler les déchets nucléaires ?
Les techniques ne sont pas entièrement sûres. En ce qui concerne la transmutation, le processus est très lent. A la limite on peut maîtriser un gramme de déchet mais pas de manière industrielle et encore ceci n’est valable que pour les émetteurs alpha. Il faut d’abord limiter les déchets, sinon on va se retrouver assis sur une montagne. Il n’y a pas de solution rapide, c’est un problème que l’on prend seulement à bras-le-corps mais qui reste entier.



VHM : Quels sont les risques les plus dangereux en ce qui concerne Bure ?
MS : C’est l’eau. L’argile contient de l’eau qui arrivera à lécher les déchets. Quelle est la vitesse de cette eau ? L’hydrologie est une question primordiale. En Suède ils ont fait le choix de les enterrer dans le granit. Il n’y a aucun exemple au monde de déchets nucléaires enfouis dans de l’argile. Il ne faut pas aller trop vite et être un peu moins formel.



VHM : Que pensez-vous des études menées par l’Andra ?
MS :Il y a un certain nombre d’études mais on n’est toujours pas prêt. On doit réfléchir correctement. Est-ce qu’on est capable de juguler l’eau ? Juguler l’eau, c’est un peu juguler la nature. On n’est pas maître du temps, les prévisions sont impossibles. L’Andra fait des études mais elles restent un peu optimistes.

  • Avant le festival, le président du Conseil Général de la Meuse donne son sentiment à la presse. C'est grandiose !

Source : Christian Namy : « Nous n’aurons plus jamais une telle opportunité »

Christian Namy, président UMP du conseil général de la Meuse, justifie la position de son département.

RL : D’ici 2025, la Meuse devrait abriter le seul centre français d’enfouissement des déchets nucléaires les plus dangereux. Cela ne vous gêne-t-il pas ?
Christian NAMY : « Il y a quelques années, le conseil général a voté unanimement pour. Je ne vois pas pourquoi je contesterais ce qui a été fait par mes prédécesseurs. Je n’ai ni les moyens ni les connaissances pour contester ce qu’affirment les spécialistes de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. Par ailleurs, le comité local d’information et de suivi du laboratoire souterrain fait également vérifier le bien-fondé par des études extérieures. A priori, sur le plan du risque, toutes les précautions sont prises. »
rL : Vos décisions engagent des générations sur des centaines d’années. Ne vous arrive-t-il jamais de douter ?
CN« La question de la gestion de ces déchets aurait dû être posée quand on a décidé de vivre sur l’électricité nucléaire. Aujourd’hui, il faut gérer le problème. L’Andra s’appuie sur un personnel de très haut niveau de technicité. Elle est mieux placée que quiconque pour les analyses et les propositions. Dans mille ans, je ne serai plus là pour voir la suite. J’espère que les physiciens auront fait suffisamment d’études pour éviter tout drame. »
RL : Les opposants vous accusent de céder au chant des sirènes. Que leur répondez-vous ?
CN « Je me bats tous les jours pour créer dix ou vingt emplois dans ce département. Si le centre d’enfouissement se réalise, il y en aura 500 sur le site, plus 500 complémentaires. Nous n’aurons plus jamais une telle opportunité. Si les garanties sont données, pourquoi pas ? »
RL :Mais n’avez-vous pas l’impression que les 30 M€ par an versés à chaque département (Meuse et Haute-Marne) servent à acheter les consciences ?
CN : « J’utilise les possibilités données pour des investissements lourds qu’on ne pourrait pas faire. C’est un plus. Tout le monde en bénéficie. Arrêtons avec ces procès d’intention. Personne ne conteste la taxe professionnelle versée par la centrale de Cattenom. » Vous faites beaucoup d’efforts pour développer le tourisme. N’avez-vous pas peur que ce centre nuise à votre image ? « Avez-vous l’impression que les secteurs de La Hague ou de la vallée du Rhône ont pâti de leurs installations nucléaires ? C’est pareil en Meuse. Depuis l’implantation du laboratoire, nous n’avons rien ressenti de négatif. »
RL : Il y a quand même de l’opposition…
CN : « Il faut relativiser. A la dernière manifestation, ils étaient une vingtaine. Il serait bon qu’ils aillent au-delà de l’opposition systématique et se basent sur des faits précis et réels plutôt que sur des impressions de gens qui ne sont pas des connaisseurs. »

Publié le 28/08/2010

  • L'Est Républicain - 29/08/2010 suite à son intervention sur le festival Bonnet/Bure Philippe Billard

ER : -Quelles sont les conditions de travail d’un salarié sous-traitant du nucléaire en France ?
PB : Entre nous, on a l’habitude de dire que les barbelés qui entourent les centrales d’EDF servent à ne pas voir la misère qu’il y a à l’intérieur. Depuis 26 ans que je travaille dans les centrales EDF, tout doit aller de plus en vite, aux dépens de la qualité du travail et des conditions de sécurité. En théorie, EDF vous dira toujours que le matériel de protection est disponible mais en réalité, les travailleurs n’ont pas le temps de s’en servir. Concrètement, les ouvriers qui effectuent les changements de tranche (remplacement du combustible) sont des sous-traitants. Ils s’assurent de la sécurité des installations mais de moins en moins de contrôle sont effectués. Lorsque j’ai commencé à travailler, le changement de tranche durait 60 jours. Aujourd’hui on en est à 30 et le prochain objectif c’est 15. Du côté du salaire, il n’y a pas de reconnaissance non-plus, alors les jeunes ne restent plus.
ER : - Au niveau médical, vous bénéficiez d’un suivi particulier ?
PB : Rien du tout. Une visite à la médecine du travail comme tout le monde et une prise de sang annuelle. Comme on change de centrale tous les cinq ou six ans, les dossiers ne suivent pas. Le but de tout cela c’est de pas faire comme l’amiante : il ne faut pas laisser de trace pour que les employés ne se retournent pas contre les patrons quand ils tombent malades. C’est d’autant plus facile que les maladies ne se déclarent que des années plus tard. Idem pour les accidents du travail. C’est pour cela que « Santé sous-traitance » est née, pour créer la mémoire et aller « au charbon » dans les tribunaux, quand un de nos collègues tombe malade. Nous avons le même avocat que les malades de l’amiante, Me Tessonnière.
ER : -Vous n’avez pas l’impression, parfois, de vous battre comme des moulins à vent ?
PB : Non, toutes ces procédures ne sont pas vaines. Il est possible de se retourner contre nos patrons. S’attaquer à EDF c’est presque impossible mais déjà, faire condamner pour faute inexcusable les entreprises qui ne respectent pas la sécurité de leurs salariés, c’est possible.
Propos recueillis par Marion JACOB L'Est Républicain - 29/08/2010 suite à intervention sur le festival Bonnet/Bure

A suivre