Des vagues passent : de froid, de peur, de rage, d’impuissance, d’insoumission, d’inconditionnelle protestation ….
Des vagues ; pour accoster où ?

Les destins de milliers de millions d’hommes. Partout visibles, montrés, montrés à nouveau. On les suit. Tout le monde blessé par tout le monde. En masse en réservoirs.

Ecouter, écouter encore, devoir d’écouter, devoir de connaître les événements.

Veille de catastrophe. Aménagement-déménagement précédant anéantissement.

En civilisation attelée, la mouette et le cerf attelés au même joug.

Plus de refuges.
Espèce à l’activité démesurée, l’espèce à la croissance démesurée aura tout coupé.

Présence. Hominienne omniprésence. Ses bruits, carnivores des nerfs. De partout, de milliers de lieues de distance leurs voix reviennent, retentissantes, accablantes, sans répit pénétrant à l’intérieur des chambres les plus retirées.

Se retirer. Qui le pourrait ? De l'espèce on ne s'évade pas.

Sur l'homme, sur tout homme se rabat l'hominité. Le solitaire, en sa retraite, tourné en soi, est rejoint. Il entend, il les entend réfléchissant, lui aussi il bêche le Monde avec des hommes.
Comment ferait-il autrement?

Extraits de Chemins cherchés Chemins perdus Transgressions - "Coups d'arrêt" Henri MICHAUX - Gallimard 1981