Baudelaire en était , ce monstre .... sus à Baudelaire ... Philosophes, hygiénistes, progressistes, en-avantistes, tous unis contre Baudelaire !
Brûlons Baudelaire ! A mort la vermine rétrograde ! Pour un 21ème siècle aseptisé, des solutions biotechnologiques modernes Sus ! Tous unis contre le moyen-âge et la biodiversité ! Tous à vos incinérateurs !

   Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
   Ce beau matin d'été si doux :
   Au détour d'un sentier une charogne infâme
   Sur un lit semé de cailloux,
   
   Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
   Brûlante et suant les poisons,
   Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
   Son ventre plein d'exhalaisons.
  
   Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
   Comme afin de la cuire à point,
   Et de rendre au centuple à la grande Nature
   Tout ce qu'ensemble elle avait joint.
  
   Et le ciel regardait la carcasse superbe
   Comme une fleur  s'épanouir ;
   La puanteur était si forte que sur l'herbe
   Vous crûtes vous évanouir ; 
  
   Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
   D'où sortaient de noirs bataillons
   De larves qui coulaient comme un épais liquide
   Le long de ces vivants haillons.
  
   Tout cela descendait, montait comme une vague,
   Ou s'élançait en pétillant ;
   On eut dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
   Vivait en se multipliant.
  
   Et ce monde rendait une étrange musique
   Comme l'eau courante et le vent,
   Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
   Agite et tourne dans son van.
  
   Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
   Une ébauche lente à venir,
   Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
   Seulement par le souvenir.
  
   Derrière les rochers une chienne inquiète
   Nous regardait d'un œil fâché,
   Épiant le moment de reprendre au squelette
   Le morceau qu'elle avait lâché.
  
   Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
   A cette horrible infection,
   Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
   Vous, mon ange et ma passion !
  
   Oui, telle vous serez, ô la reine des grâces,
   Après les derniers sacrements,
   Quand vous irez sous l'herbe et les floraisons grasses
   Moisir parmi les ossements.
  
   Alors, ô ma beauté, dites à la vermine
   Qui vous mangera de baisers
   Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
   De mes amours décomposés !

Poème paresseusement recopié de ce site (qu'il en soit remercié) , pour la version à consommer sur place. Pour le sandwich à emporter c'est plutôt là.