Colmar - Reportage Place de la Liberté I
Par Véro, 8 octobre 2009 à 08:14 - Boîte à buter les facteurs - #627 - rss
Yonne Lautre - 6 octobre 2009 - Par François Mativet "Colmar, essai de dictature le temps d’un week-end !"
La dictature désigne un régime politique dans lequel une personne ou un groupe de personnes exercent tous les pouvoirs de façon absolue, sans qu’aucune loi ou institution ne les limite.
Les 3 et 4 octobre dernier, avec une dizaine de militants antinucléaires non violents et néanmoins amis, nous sommes partis pour Colmar pour rejoindre le rassemblement organisé par le Réseau Sortir du Nucléaire afin d’éviter la prolongation de la centrale de Fessenheim.%
Yonne Lautre - 6 octobre 2009 - Par François Mativet
"Colmar, essai de dictature le temps d’un week-end !"
La dictature désigne un régime politique dans lequel une personne ou un groupe de personnes exercent tous les pouvoirs de façon absolue, sans qu’aucune loi ou institution ne les limite.
Les 3 et 4 octobre dernier, avec une dizaine de militants antinucléaires non violents et néanmoins amis, nous sommes partis pour Colmar pour rejoindre le rassemblement organisé par le Réseau Sortir du Nucléaire afin d’éviter la prolongation de la centrale de Fessenheim.
La semaine qui avait précédé fut riche en événements. A l’origine, il était prévu une manifestation, mais le maire de Colmar en a décidé autrement, au mépris des lois de ce pays, il a pris puis retiré des arrêtés totalement illégaux et surréalistes comme celui interdisant la circulation de tout véhicule et de tout piéton pendant la durée de l’événement.
Je vous passe les détails de l’autorisation qui avait été donnée par écrit en mars et qui se voyait de fait refusée à 8 jours de la date fatidique, de l’interdiction de manifester et de l’obligation de transformer la manif en rassemblement... Déjà là , on ne sent plus très bien la teneur de la démocratie, on voit les libertés se dissoudre dans la vapeur d’eau des réacteurs nucléaires. Mais nous sommes des non-violents, et donc on ne voulait pas aller au clash.
Arrivés dans la région la veille au soir, nous avons été accueillis dans un gîte magnifique à quelques kilomètres de Colmar par des gens ouverts, d’une gentillesse incroyable vivant dans un paysage magnifique. Le lendemain matin, quelle ne fut pas notre surprise de constater que la veille pour certains le matin pour d’autres, nous avions tous pris notre douche avec de l’eau chaude solaire. Renseignements pris auprès de la propriétaire, c’est assez courant dans la région car ils ont bien reçu le nuage qui n’a jamais passé la frontière et sont donc bien engagés dans les énergies renouvelables.
Après un long petit déjeuner, nous partons vers Colmar et commençons à prendre peur en voyant à 10 km de la ville tous les ronds-points occupés par des camionnettes bleues et les hommes qui vont avec. Et plus on approche du centre ville et plus ils sont nombreux. Les camionnettes sont remplacées par des cars avec des remorques, bientôt c’est un hélicoptère qui nous survole, puis 2. État de siège ?
On arrive tant mal que bien à garer notre véhicule et nous dirigeons vers le rassemblement près de la gare. Et là on se demande vraiment si nous ne sommes pas tomber dans la machine à remonter le temps de quelques 41 ans en arrière. Au bout d’un petit kilomètre, nous tombons sur une première barricade anti-émeute et toutes les options disponibles : les robocop au grand complet avec tous leurs gadgets qui font mal, les véhicules sortis de Mad Max avec grilles de protection, lance incendie et tout le toutim.
Les plus novices d’entre nous commencent sérieusement à ne plus être très fiers. Mais notre motivation les rassure et nous continuons notre parcours du non combattant. Une deuxième puis une troisième, toutes du même tonneau nous donnent à penser que ce pourrait être drôle si ce n’était si grave pour la démocratie, si ce n’était si préoccupant pour nos libertés, si ça ne coûtait autant d’argent prélevé sur nos impôts... et nous n’avons pas encore tout vu !
Nous arrivons enfin sur le lieu du rassemblement. C’est le moment des grandes retrouvailles qui sont toujours très chaleureuses dans cette grande famille. C’est vrai qu’on a maintenant des amis dans presque tous les départements français, car bien peu sont épargnés par le fléau nucléaire ; mais bien vite, de nouvelles rencontres arrivent avec les allemands, les suisses. Tiens les allemands, parlons-en !
Nous sommes en Europe lorsque nous sommes à Colmar, et nos voisins allemands ont été volontairement "ralentis" à la frontière sous le prétexte fallacieux de "contrôles". Pour voyager beaucoup (trop ?), ça fait des années que je n’ai pas vu un douanier, que ce soit pour aller en Allemagne, Autriche, Italie, Espagne ou Suisse, et d’un seul coup d’un seul, voilà t’y pas que nos douaniers français se réveillent pour contrôler nos amis allemands qui arrivent quand même, mais avec 1 heure de retard.
Pendant ce temps, une équipe de France 3 apprenant la chose veut aller vérifier de visu. On leur interdit la sortie de Colmar... Etonnant non ? 2 hélicoptères se relaient pour faire du stationnaire chaque fois qu’il y a une prise de parole, mais ce n’est qu’un malheureux hasard.
Les prises de parole se font malgré tout, une américaine vient même expliquer comment elle est surprise de voir autant de monde à ce rassemblement alors qu’EDF et Areva, au travers de leurs nombreuses filiales, racontent sur tout le territoire américain que tout va bien dans la France nucléaire. Elle est scotchée et ça se sent au micro.
Pour comprendre ce qui va suivre, il faut bien se rendre compte de la situation. Nous sommes entourés de barricades anti émeutes nous interdisant l’accès au centre-ville. Les bleus canalisent toutes les entrées et interdisent les sorties sauf à leur remettre tous signes distinctifs tels tee-shirts, badges et autres matériels auquel chaque militant attache un peu de son histoire personnelle.
Deux d’entre nous se feront arracher des feuilles contenant un message clair : "nucléaire = démocratie bafouée". Ces mêmes deux verront une militante tellement pressée de satisfaire un besoin naturel qu’elle le fera, bien obligée, devant les barricades au pied d’un groupe de bleus médusés.
3000 bleus, les véhicules, les transports, leur matériel, leur ravitaillement, les frais de déplacements, 2 hélicoptères, la police montée, la pose et la dépose des barricades et des milliers de barrières par les services techniques, les commerces obligés de fermer, ...
Je ne sais comment avec des mots vous faire sentir de quel côté était la violence, même encore le samedi soir tard dans la ville, quand passer à côté d’eux est une prise de risque, quand on sent les regards, qu’on aperçoit les appareils photos ou les camescopes qui nous filment sans notre autorisation. Cette ambiance délétère, jamais nous ne l’avons ressentie sur le lieu du rassemblement, mais beaucoup en dehors.
Cette ghettoïsation est insupportable à titre personnel, mais elle est encore plus insupportable pour l’avenir de la démocratie et pour celui de nos enfants. Jamais au cours de ma vie de militant, il n’a été aussi difficile de rester non violent face à cette gabegie d’argent public et à de tels dénis de démocratie.
Mais nous avons gagné, nous les avons ridiculisé et il faut le dire, le score est sans appel : 3000 policiers à 0 incident
Et la colère me fait oublier de vous parler de cette magnifique banderole de 150 m2 descendu le long d’un immeuble, de ces groupes de musique incroyables, des sandwichs de la confédération paysanne, du jus de pomme du stand d’à côté, des danseurs Stop Fessenheim, des ateliers énergies renouvelables, du succès des démonstrations de moteur Pantone, des concerts jusqu’à 3 h du matin, et j’en oublie encore bien plus.
La vraie vérité, c’est que le lobby nucléaire commence vraiment à avoir peur, de ce toujours plus de monde aux rassemblements et manifestations, des ces articles et reportages trop souvent contre lui dans les médias de plus en plus grand ; peur de ses échecs à répétition dans la vente de l’EPR, peur de ses magouilles, de ses mensonges de plus en plus évidents auprès d’un public toujours plus nombreux.
La vraie vérité, c’est que le nucléaire malgré tout cela n’est pas mort... Il bouge encore, mais la tendance s’est inversée. Il est passé de dominateur à dominé ; il est sur la défensive. Alors ne lâchons rien, luttons sans compter, notre énergie est renouvelable et sans CO2, luttons pour que nos enfants puissent faire des enfants !
François Mativet
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