L'Alsace le 04/10/2009 Annick Woehl

C’est donc de ces gens-là dont on a eu peur.

Des milliers de manifestants ont revendiqué la fermeture de Fessenheim, hier à Colmar.

C’est donc de ces gens-là dont on a eu peur. De vieux bonhommes avec barbe blanche et sandalettes, des jeunes gens grimés indiquant sur leur tee-shirt que la non-violence est une idée qui fait son chemin, des femmes aux yeux clairs et en jupe colorée…

Le contraste était assez violent, hier à Colmar entre les manifestants antinucléaires (3 500 selon la préfecture, 10 000 selon les organisateurs) et le dispositif policier mis en place par les autorités avec CRS, police montée, hélicoptère et bouclage de la ville. Car finalement, comme beaucoup le répétaient, il n’y a ni violences, ni débordements dans les rassemblements antinucléaires qui n’intéressent même pas les fameux blacks blocks.

Ce sujet-là, celui de la surdimension du dispositif de sécurité a d’ailleurs largement partagé l’affiche avec celui du combat pour la sortie du nucléaire. Tous les participants l’ont évoqué jusqu’à Olivier Besancenot qui a parlé d’« Ã©tat de siège » ou Axel Mayer qui a comparé Colmar à Pékin…

Mais les organisateurs l’ont répété aux quelques rares qui souhaitaient aller au contact : « On ne doit pas répondre à leur provocation ». Le mot d’ordre a été suivi.

Contre le lobby nucléaire

Ce rassemblement place de la Gare de Colmar s’est donc déroulé sous le soleil et dans la bonne humeur. Bon casting pour le groupe qui a ouvert l’après-midi, HK et les Saltimbanques de Lille très habile pour chauffer la foule avec leurs chansons engagées où les hommes politiques en ont pris largement pour leur grade.

Sur la tribune ont aussi défilé des militants ou politiques allemands, suisses et français pour défendre la sortie du nucléaire et dénoncer le lobby nucléaire et son « VRP de choc Nicolas Sarkozy ». Olivier Besancenot pour le NPA et Élodie Vaxelaire pour le Nouveau parti de gauche ont embrassé le combat écologique avec fougue. Ce qui a fait préciser au sénateur Muller que les Verts étaient présents sur cette lutte depuis bien longtemps déjà. Sous entendu, eux…

Comme prévu, le préfet a reçu une délégation, le temps de réceptionner une lettre qui sera transmise à Paris. Lettre dans laquelle est exigé notamment l’arrêt définitif des deux réacteurs de Fessenheim.

Mais le moment le plus fort du rassemblement fut le « die-in ». Quand les manifestants ont été invités à mettre leur bâillon et à se coucher au sol pendant qu’une sinistre sirène retentissait dans le silence. Après cinq longues minutes, tout ce monde s’est levé en criant, pendant trois bonnes minutes, son souhait de voir Fessenheim fermer, de voir la planète débarrassée du nucléaire.

Et il y a eu aussi une sorte de coup d’éclat qui a fait pâlir quelques personnes chargées de la sécurité. Des manifestants ont réussi à suspendre une gigantesque banderole du haut du bâtiment du Crédit agricole en face de la gare avec ce slogan : « Le nucléaire tue l’avenir ».

Vers 17 h 30, les manifestants se sont dispersés gentiment avant les festivités et conférence du soir et d’aujourd’hui.

Annick Woehl